Amélie Hazard

Identité de marque

À l’avant de l’embarcation, en contemplation des bleus… du ciel et de la mer… Soudain se déverse une foule absurde de volume. Ni disposée au cynisme ni à la sympathie, je me trouve prise en étau à ne savoir que faire. Comment ai-je pu baisser à ce point la garde, compte-tenu de mon programme, à savoir Lipari-Stromboli-Big-Tour en plein mois d’août ?

Ce fut l’abordage. Adapt or die.

Cette question qui faisait débat l’autre jour en France me revient. Pages centrales du Elle : Est-ce ok de passer à table en maillot de bain ? Force était de considérer la question comme un sujet. Me projetant dans des déjeuner imaginaires avec toutes sortes de convives, j’en avais conclu, en phase avec mon éducation, que bof, pas trop.

Cette décharge d’informations sensorielles et cette telle proximité me met mal à l’aise. En mon for intérieur, il s’agit véritablement de calmer l’émeute. Palpitations, suées et contractions faciales. Je suis assaillie. De l’extérieur mais davantage à l’intérieur car cette situation inédite provoque des réactions que je ne me connais pas. Avec le recul, j’ai aimé et haï cet instant de sidération, à ne savoir que dire ni penser. Pince-mi et pince-moi, c’est pourtant simple…

Je reçois des gouttes. Ma voisine ébouriffe sa crinière. Un micro-événement déclencheur qui me fige dans l’instant. Arrêt sur image avec courbe émotionnelle au max. Ces petites gouttelettes odorantes me faisant réaliser que non, je n’étais pas obligée d’accepter cette promiscuité. Pas la peine de gamberger comme une fada pour savoir si c’est normal ou pas de faire une crise d’angoisse à dix mille sur un bateau. J’aurais pu hurler ou les embrasser tous, ils m’auraient jetée par-dessus bord.

J’ai senti mon ventre se relâcher et l’étau sur mes tempes se déserrer. Cette promiscuité forcée est vraiment folle et non le contraire. Toute cette surface de peaux, de cheveux, toutes ces odeurs… une cacophonie de détails et de signes mais je n’ai pas envie de voir ce qu’ils ont à montrer, pas envie d’entendre ce qu’ils veulent raconter de leurs vies… ah, la communication non verbale…

Alors j’ai commencé à photographier le paysage, voilà ce que je vois, en attendant l’occasion de m’extirper de ce guet-apens.

Out. Quickly. Schnell. Where ? No idea. J’ai erré un peu sur planète Maillot en attendant le bateau du retour. J’ai acheté un appareil photo en plastique qui fait défiler les vues du coin pour compenser. Ça a l’air joli les îles Éoliennes. J’ai été boire un café puis ma voisine s’est levée pour partir.

Ce fut l’heure du retour, direct, sans étape, à ne pas louper.
Alors qu’une nouvelle cohorte se formait sur la digue, je m’éloignai de cette fureur, en riant déjà de cet énorme fail.

With love comme on dit ♥