Amélie Hazard

Graphic design & Communication 360

Celles de ce petit village me fascinent…
C’est en douceur, grâce à un carnet à dessins, que j’ose jour après jour poser mon regard sur celles dont on essaie de ne pas en faire l’objet. Ces dessins datent de mon premier séjour en Afrique. En feuilletant ces carnets, je me remémore les émotions fortes et contradictoires ressenties à la rencontre de la femme swahilie.

walking

Au début le lien se crée paradoxalement avec le respect d’une certaine distance. J’ai l’impression que c’est malpoli de la dessiner tout en sachant que c’est ce qui va me rapprocher d’elle. La silhouette sombre et lointaine, croquée à la va-vite et de dos va se tourner progressivement. Intriguée par la représentation mais qu’un appareil photo ferait fuir.
D’un coup de crayon comme par magie, le grand inconnu qui se dresse entre nous est chassé. J’ai un peu moins les chocottes de me faire engueuler…

Et c’était vraiment ça la magie. N’ayant que très peu de mots à échanger, les éclats de rire mêlés à une forme d’hystérie prirent le dessus sur la retenue. D’un côté comme de l’autre – côté de quoi, je ne saurais dire mais c’est assez géant, invisible et presque palpable, j’imagine que ça pourrait s’appeler un gap culturel – d’un côté comme de l’autre donc il y a une femme, un lien évident et naturel dont la forme évolua au cours de ces moments partagés.

Donc après quelques rigolades, le voile tombe. À mon tour d’être surexcitée, je suis invitée chez la femme swahilie.
J’adore les positions toutes droites, stoïques à ras du sol de ces corps rectilignes. Gratter, pétrir, cuire… gratter, pétrir cuire… La cuisine qui rassemble et se ressemble, imperturbablement rythmée sur le quotidien.

Arrive le jour du mariage.
C’est beaucoup d’intimité et beaucoup de mystère aussi. La lourdeur de ne pas parvenir à capter la légèreté du moment.
Je mets les voiles.

Celles-ci célèbrent, de leur côté.
Hommes et femmes rassemblés. Je les écoute chanter. Et les regarde écouter.

Demain elles retourneront au marché et je les regarderai s’affairer.

Et palabrer.

Non loin de là