Amélie Hazard

Identité de marque

Ou le pouvoir de la poésie à transformer l’ennui.

C’est lui. Brutement élaboré ou gracieusement designé, le petit-objet-de-rien-du-tout répond à une fonction usée par les jours et par la vie. Il y a des objets auxquels on concède une existence à cause de la réponse qu’ils apportent à toutes les actions super lambda appartenant à la routine qui nécessitent un ustensile, un contenant…

J’ouvre toujours l’œil sur les familles de choses chargées d’insignifiance. Il m’est arrivé dans le passé d’acheter des trucs sans réfléchir, plutôt sans penser que cela pouvait mériter réflexion. Conséquence, des achats inconsidérés que je me coltine depuis quinze ans juste pour l’utilité pernicieuse que je suis obligée de leur reconnaître.

 

Alors tout ça par exemple, des torchons, un truc pour moudre, des cuillers, un petit rouleau… à chacun sa petite histoire. C’est pas si évident à dénicher, faut pas croire à un magasin de souvenirs qui vendrait une sélection d’articles au design si brut et si charmant ou à des concept-stores paumés dans la savane, quoique… on y arrive. Là où je les trouve, personne ne sait qu’ils sont beaux. Les utiliser transcende le fatal ennui des gestes du quotidien en réveillant le souvenir associé.

Ces petits contenants en étain, pas deux pareils, inempilables, à quoi peuvent-ils diable servir dans ces contrées. Quel liquide se sert dans un si-mini-pichet, qui rouille… J’aime que son utilité ne soit pas dictée. Sans mode d’emploi ces petites choses peuvent rêver à une vie nouvelle.

Ce tissu était stocké dans un vieux congélateur avec plein d’autres, un stock de kangas vintage. Parfait pour un brunch à la ferme.
Tout ça pour parler de la collecte des petites choses à laquelle j’aime me laisser aller et de la conscience de voir les petites actions répétitives sublimées par le puissant flux sensoriel que génère l’utilisation de chacune d’elles.

Maison&Objets 2013 – un souffle ethnique sur cette collection d’objets ménagers. Chez Périgot, ils savent transcender le quotidien. Le balai à manche court… tellement à développer à ce sujet.

Dans un autre registre, les objets de porcelaine faits à la main me parlent beaucoup. J’éprouve du plaisir à m’entourer de choses qui ont des gens à raconter. Brut de décoffrage versus raffinement exquis, les deux me ravissent. La petitesse et la finesse, pas standard, pas aux normes, et la couleur, tellement mignonne en son badigeon.

La rayure torchon, le lin ancien, le bois brut… On affectionne ces matières et ces objets à cause des histoires qu’ils nous rappellent. 

Une fois de plus dans la vie, il y a des choix à faire mais c’est difficile de mettre au rebut les petits-objets-de-rien-du-tout. C’est lié à l’affect je crois. En revanche le désir d’en posséder beaucoup, je ne sais pas à quoi c’est lié.