Amélie Hazard

Identité de marque

Je pourrais y dédier un roman d’amour et d’aventure. Cette ville est une mère pour moi. Sa rudesse m’ayant châtiée dans le passé, je suis toujours portée par l’irréductible pouvoir de-croire-en-ma-vie-rêvée qu’elle m’a transmise pendant ces quelques années de vie commune. Dix ans plus tard, guidée par une réminiscence instinctive, épurée par ces longues années sans nouvelles, je me suis promenée en long et en large dans cette ville pleine de fenêtres.

Tout en étant familière avec l’environnement, je réalise à quel point tout est sujet à contempler furtivement. On y marche plus vite qu’ailleurs, on y marche davantage. Je ne peux m’empêcher de penser mathématiquement à la croissance exponentielle du nombre de collisions visuelles qui m’entourent et me suivent et me dépassent et me précèdent. Celles qui s’ancrent et celles qui traînent celles qui m’attirent et celles que je loupe…
J’ai choisi d’empiler ces petites images parce que c’est ainsi que ça fonctionne dans ma tête. Le coq à l’âne visuel propre à la errance et au tricot des pensées.

Les nuits furent courtes, il y a tant à faire et à refaire en bonne compagnie, tant d’endroits où aller et d’occasions de se laisser aller.

Flux continu sur le pont de Brooklyn ce samedi matin. La diversité en marche.

– « Brooklyn est clean » paraît-il.
– Yes I heard, dear.

La sensation de faire corps avec cette dynamique encastrable… en allant se coucher dans le lit qui s’encastre aussi entre les murs de la chambre… S’endormir au petit matin en notant que je me suis presque faite aux vapeurs de noodle-soup qui lèchent les murs de la cour aveugle et s’immiscent par les petits jours de la fenêtre… Hum, Chinatown.